Des milliers de fans de PlayStation se sont organisés, ont fixé une date et ont convenu de faire le « black-out ». Le résultat ? Sony a à peine remarqué la différence.
Le boycott PSBlackout a officiellement débuté le 23 août, organisé par des joueurs furieux suite à l'annonce de Sony plus tôt cet été, prévoyant l'arrêt de la production de disques physiques pour les nouveaux jeux PlayStation d'ici 2028. Le mouvement s'est propagé sur les réseaux sociaux avec un message clair : « Nous voulons que les jeux physiques restent ! Un avenir uniquement numérique sans droit de propriété ni protection des consommateurs est inacceptable ! »
Cependant, voici le problème : cela n'a eu aucun impact.
Ce que disent réellement les données
Mat Piscatella, analyste chevronné du secteur du jeu vidéo et responsable des jeux chez Circana, a répondu directement à un joueur qui lui demandait s'il avait constaté un changement mesurable lié au boycott. Sa réponse a été sans détour : « Non. Il n'y a eu aucun changement significatif dans le nombre de joueurs ou l'engagement dans nos suivis. »
Circana suit les dépenses et l'engagement des consommateurs américains sur les plateformes de jeu, faisant de Piscatella l'une des voix les plus fiables pour ce type de données. Si le boycott avait eu un impact significatif sur le marché américain, il l'aurait vu. Ce ne fut pas le cas.
Le timing est ici important. Le PSBlackout a été présenté comme un mouvement centré sur les États-Unis, l'essentiel de l'organisation ayant eu lieu sur des plateformes anglophones. Cela fait du suivi de Circana, focalisé sur les États-Unis, un indicateur direct de l'efficacité réelle de la campagne.
Pourquoi Sony n'a probablement jamais été inquiet
La directrice financière de Sony, Lin Tao, l'avait déjà laissé entendre fin juillet, réaffirmant le plan d'abandon des disques malgré ce qu'elle a reconnu comme étant des « points de vue tranchés » de la part de la communauté. Sa position était claire : « Nous ne prévoyons aucun impact négatif sur nos activités. »
Cette confiance semble aujourd'hui justifiée. Les chiffres suivis par Piscatella lui donnent raison.
Le contexte global rend cela peu surprenant, même si c'est frustrant pour les défenseurs du support physique. Les données de Circana publiées plus tôt cette année ont montré que seuls 7 jeux PlayStation se sont vendus à plus de 100 000 exemplaires physiques aux États-Unis sur l'ensemble de l'année, un chiffre qui illustre à quel point le marché a déjà basculé vers le numérique. Sony n'abandonne pas le disque sur un coup de tête ; les données de vente pointent dans cette direction depuis des années.
Le fossé entre le bruit en ligne et le comportement réel
Ce que la plupart des joueurs oublient dans ce genre de situation, c'est la différence entre l'élan sur les réseaux sociaux et le comportement d'achat réel. Le PSBlackout a généré un véritable bruit en ligne, avec des sections de commentaires inondées et les publications de PlayStation bombardées de messages « pas de disque, pas d'achat ». Mais traduire cette énergie en une baisse coordonnée et durable de l'engagement est un défi tout autre.
Les boycotts contre les principaux détenteurs de plateformes ont un historique difficile. La base installée est trop vaste, les jeux trop attrayants et les habitudes trop ancrées pour qu'une campagne de quelques semaines soit visible dans les données surveillées par Circana. Sony compte des centaines de millions de joueurs dans son écosystème à travers le monde. Même si quelques centaines de milliers de personnes s'abstiennent pendant un mois, cela ne représente qu'une erreur d'arrondi.
Le programme de conversion disque vers numérique de Microsoft pour Xbox montre que l'industrie évolue dans une seule direction, quelle que soit la plateforme. Le passage du physique au numérique n'est pas une décision propre à Sony ; c'est une réalité du marché à laquelle tous les grands éditeurs et détenteurs de plateformes répondent.
Les défenseurs du support physique ont toujours des arguments légitimes concernant les droits des consommateurs et la préservation des jeux. Ces préoccupations ne disparaissent pas simplement parce qu'un boycott n'a pas réussi à entamer les indicateurs d'engagement. Mais le chemin pour infléchir la direction de Sony, s'il en existe un, passe probablement par une pression réglementaire et un plaidoyer pour la préservation plutôt que par un black-out coordonné sur les réseaux sociaux.
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