Il y a dix ans, Naughty Dog lançait Uncharted 4: A Thief's End et plaçait discrètement la barre très haut pour le jeu d'aventure pulp, axé sur le plaisir, un niveau que presque aucun titre n'a atteint depuis.
Ce n'est pas une exagération. Observez le paysage actuel du jeu d'action-aventure et comptez ceux qui assument pleinement leur volonté d'offrir un bon moment sans s'en excuser. La liste devient vite courte.
Une décennie de dérive vers la noirceur
Le fait est que les jeux qui ont suivi Uncharted 4 sous les projecteurs sont réellement excellents. The Last of Us Part 2 est une prouesse technique et narrative. God of War Ragnarok est l'un des jeux d'action les plus aboutis jamais créés. Mais tous deux évoluent dans des mondes qui cherchent activement à vous mettre mal à l'aise, et c'est un choix créatif délibéré. Infiltration post-apocalyptique éprouvante, mythologie nordique brutale, survival horror, tragédie implacable. Ce sont les saveurs dominantes du jeu vidéo « prestige » sur PlayStation aujourd'hui.
Naughty Dog lui-même a basculé dans le mode « The Last of Us » après Uncharted: The Lost Legacy en 2017, une suite indépendante qui confiait les rôles principaux à Chloe Frazer et Nadine Ross, tout en donnant l'impression que le studio avait encore des histoires d'aventure à raconter. Puis, le flambeau a été... simplement posé.

Le grappin a tout changé
La trilogie du reboot de Tomb Raider, qui s'est déroulée parallèlement à l'ère PS3 et PS4 d'Uncharted, a suivi une trajectoire similaire. Chaque opus a poussé Lara Croft un peu plus loin dans le traumatisme et la brutalité, jusqu'à ce que l'archéologue confiante et pleine d'esprit des jeux originaux sur PS1 devienne presque méconnaissable. La noirceur est devenue la norme pour les plus grandes franchises du genre.
Ce qu'Uncharted 4 a réussi à la perfection
En rejouant à Uncharted 4 aujourd'hui, ce qui frappe, c'est le travail artisanal déployé pour rendre l'expérience si naturellement plaisante. C'est plus difficile à réaliser qu'il n'y paraît.
Le grappin est l'atout mécanique évident. Cela semble simple, mais intégrer un balancement à la corde basé sur la physique dans une série articulée autour des sauts sur les corniches a changé la dynamique de chaque arène de combat et de chaque phase de déplacement. Vous pouvez contourner les ennemis par des angles inédits, plonger dans les combats depuis les hauteurs, ou simplement vous balancer au-dessus d'un précipice pour le pur plaisir du geste. Le chapitre « large-linéaire » de Madagascar, où Nathan Drake conduit un 4x4 sur un terrain boueux semi-ouvert à la recherche d'artefacts, reste une déclaration d'intention sur ce que la série aurait pu devenir.
La dimension infiltration ajoutée dans Uncharted 4 tient également la route. Passer d'un état d'alerte à l'autre, éliminer les gardes un par un, puis semer ses poursuivants grâce à un peu de plateforme rapide avant de revenir à la charge. C'est plus souple et permissif que dans The Last of Us, mais c'est justement là tout l'intérêt. Le jeu veut que vous vous sentiez comme un héros de film d'action, pas comme un survivant.
Et puis, il y a la mise en scène des séquences spectaculaires. Le casse de la salle des ventes. La tour de l'horloge qui s'effondre et s'enchaîne directement sur une poursuite en convoi à travers King's Bay. Le flashback des frères Drake sur les toits en fuyant leur école catholique. Chaque chapitre justifie sa place. Aucun ne s'éternise.

La poursuite de King's Bay reste marquante
Le vide laissé par Uncharted 4
Ce que la plupart des joueurs oublient lorsqu'ils qualifient Uncharted 4 de superficiel, c'est que la cohérence tonale est une forme d'art en soi. Faire rire, puis surprendre, puis enthousiasmer le joueur, le tout en un seul chapitre, demande autant de travail de conception délibéré que n'importe quelle séquence narrative émotionnellement dévastatrice. La série a assumé ouvertement ses influences, d'Indiana Jones aux aventures pulp, et les a fait fonctionner selon ses propres règles.
Le prochain Tomb Raider: Legacy of Atlantis reviendrait, selon les rumeurs, au ton des originaux sur PS1, avec une Lara plus confiante et vive d'esprit. Indiana Jones and the Great Circle, sorti l'an dernier, a parfaitement capturé le registre de l'aventure légère des films de Spielberg dont il s'inspire. Tous deux témoignent d'un appétit pour ce type de jeu qui existe toujours clairement sur le marché.
L'essentiel est que rien de tout cela ne nécessite d'abandonner l'ambition ou la profondeur. Uncharted 4 propose un véritable drame humain. La relation entre Nathan et Elena, et les complications que Sam Drake apporte dans leur vie rangée, portent un poids émotionnel réel. Le jeu refuse simplement de laisser ce poids étouffer le plaisir de chaque scène.
Dix ans plus tard, Uncharted 4 occupe une place singulière en tant que meilleur exemple d'un genre qui mériterait plus de titres. Si vous souhaitez le redécouvrir ou approfondir la série, notre collection de guides Uncharted 4: A Thief's End contient tout ce dont vous avez besoin pour profiter au maximum de votre nouvelle partie.








